Président de La Suze-sur-Sarthe depuis vingt-sept ans, Joël Bruneau, propriétaire d’une brasserie, reste un personnage singulier mais aussi fin gestionnaire.

joelbruneau

 

200 000 EN EUROS, LE COÛT POUR JOUER CONTRE LYON À LA MMARENA,

Assumé par le club de La Suze-sur-Sarthe. À la location de l’ancien stade du Mans FC, estimée à 120 000 €, s’ajoutent les frais de fonctionnement pour une telle rencontre (sécurité, réception, etc.).

IL PRÉVIENT sur un ton qui donne envie de passer à table dans la minute : « Mon métier, c’est la bouffe. Ne me donnez pas un marteau, je le tiens à deux mains ! Je ne suis pas philanthrope mais on procure du plaisir aux gens… » Joël Bruneau a dû en prendre aussi pour lancer au photographe qui s’attarde sur sa silhouette : « Vous ne prenez pas le ventre, hein ? » Ses soixante-quatre ans ont un peu tassé le mètre quatre-vingt-six qu’il annonce lui-même, mais pas entamé la rondeur d’un personnage qui aurait fait un excellent second rôle chez Lautner.

En cette avant-veille de match, alors que les objectifs se pressent au bord de la pelouse de la MM­Arena, au Mans, le président de La Suze-sur-Sarthe (DH) n’est pas là pour cabotiner. Pas le genre. Il descend tout juste du train qui le ramène des Alpes, où il a passé le réveillon avec enfants et petits-enfants, et il pourrait plastronner au moment où son club, l’un des plus petits de ces trente-deuxièmes de finale de la Coupe de France, affronte Lyon et a déjà obtenu son meilleur résultat dans l’épreuve. Mais il préfère minimiser : « On n’a sorti que des DH avant, c’est un peu un miracle. » Et prend un air gêné quand on lui demande de raconter ses deux passions et ses multiples vies.

« L’ÉCOLE, C’ÉTAIT PAS MA PASSION MAIS J’ARRIVAIS À COMPTER »

La « bouffe », donc. Il en a senti l’appel à treize ans, quand il a quitté l’école pour démarrer son apprentissage de charcutier-cuisinier-pâtissier. Devenu traiteur, puis grossiste en viandes, il est depuis cinq ans le propriétaire d’une brasserie de deux cents couverts qui sert, dit-on, des entrecôtes à se pâmer, et où tout Le Mans se presse. Il y est tous les matins à 4 h 30, parce que c’était son rêve, beaucoup plus qu’une retraite dont on dirait qu’elle sent un peu trop le sapin à son goût.

Gamin, la vocation l’a privé de ballon : « J’ai toujours aimé le foot mais je n’ai jamais pu y jouer,se souvient l’ancien apprenti. J’étais nourri et logé. C’était ça ou le foot. » Mais, une fois installé, il s’est rapproché du club parce qu’il allait voir les matches et que cela lui plaisait de « mettre un petit bout de rillettes ou de pâté à tout le monde ». Il a même quelques souvenirs de steaks cuits pour les joueurs sur le petit réchaud embarqué dans sa voiture, en déplacement dans la Mayenne voisine.

Vingt-sept ans après son arrivée à la présidence, Joël Bruneau est à la tête d’un club dont l’équipe fanion est une fierté dans une commune de quatre mille habitants, mais dont la structure et le fonctionnement sont surtout cités en exemple. La Suze-sur-Sarthe fonde sa réussite sur une formation qui alimente vingt-quatre équipes et une gestion saine. « Je connais trop de clubs qui sont montés à coups de ­pognon, justifie le dirigeant.

Ça fait un an ou deux, tu fais n’importe quoi et c’est fini. » Si le club n’a passé que deux saisons en CFA 2, il ne changera pas sa politique pour y retourner. Bruneau préfère durer et dit de sa fibre gestionnaire : « Quand vous n’avez pas été à l’école longtemps, il n’y a qu’une solution : se débrouiller. L’école, c’était pas ma passion, mais j’arrivais à compter. Écrire, beaucoup moins… Les verbes, les adjectifs, ça me casse la tête. »

La Coupe de France ne la lui fait pas tourner, même s’il dort beaucoup moins bien depuis trois semaines : locataire de la MM­Arena, La Suze-sur-Sarthe doit, pour rentrer dans ses frais, espérer un minimum de 18 000 spectateurs et que Lyon lui cède sa partie de recette.

LE PARCOURS DE LA SUZE (DH)

3e tour  : Stade Mayennais (Division d’Honneur, niveau 6) – La Suze, 0-1.

4e tour  : L’Huisserie (Promotion d’Honneur, niveau 9) – La Suze, 1-5.

5e tour  : Château-Gontier (Division d’Honneur, niveau 6) – La Suze, 1-2.

6e tour  : La Suze – Changé (Division d’Honneur, niveau 6), 3-1.

7e tour  : La Suze – Mulsanne-Teloché (Division d’Honneur, niveau 6), 3-0.

8e tour  : Maintenon (Division Honneur Régionale, niveau 7) – La Suze, 0-2.

 

Interview réalisé par Jean Baptiste Renet pour le journal l’Equipe.

Interview du président de la Suze FC dans le journal l’Equipe