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Une équipe de DH encouragée comme un qualifié en Coupe d’Europe. Eric Chambron, l’entraîneur de La Suze, évoque la venue de l’OL, dimanche au MMArena, en 32e de finale de la Coupe de France. L’ancienne enceinte du Mans FC affichera complet pour pousser le dernier représentant sarthois à l’exploit.

Eric, comment se prépare la Sarthe à accueillir l’OL ?
C’est l’évènement de ce début d’année, une fête du football. On devrait remplir le MMArena, car déjà plus de 20 000 billets ont trouvé preneurs (sur les 25 000 places du stade, ndlr). Une campagne de promo a été faite par la ville du Mans en collaboration avec les gérants du stade (le constructeur Vinci, ndlr). Les Sarthois gardent une image négative du Mans FC, avec son échec et notamment son stade qui va coûter cher aux contribuables. C’est une catastrophe pour le club, mais aussi pour le football régional et donc amateur. Les gens font un peu l’amalgame entre les dérives du Mans FC et le football amateur. Or les clubs amateurs n’ont pas d’argent à perdre. Au contraire.

Votre préparation de la rencontre a-t-elle été plus intensive ?
On devait prendre des vacances après le dernier match de DH du 21 décembre. Contrairement aux autres équipes du club, nous n’avons pas fait de trêve, en conservant les 3 entraînements par semaine. On a gardé notre rythme habituel, en décalant quelques séances par rapport aux deux réveillons.

On imagine que la réception d’une Ligue 1 permet une préparation plus complète…
En fait, pas exceptionnellement. On utilise déjà la vidéo pour cerner nos adversaires. Au tour précédent, on a affronté une équipe d’Eure-et-Loir, Maintenon. Mes deux adjoints ont fait un gros travail en allant filmer l’adversaire. Avec Lyon, il y a effectivement plus de matière, mais la lecture est plus délicate, car une équipe de Ligue 1 offre moins de défauts et de lacunes. On s’est appuyé sur nos observations, sans adapter nos entraînements.

« Ils ont des lacunes mentales« 

Qu’avez-vous déduit de vos analyses ?
Déjà, ils ne viendront pas la fleur au fusil. Ils ont repris très tôt, sans faire de stage au soleil. Ils ont été éliminés à ce stade de la compétition il y a un an, donc une nouvelle sortie de route leur est interdite. On peut dire qu’ils ont des lacunes mentales en Ligue 1. Il y a un collectif de qualité qui s’est fait remonter au score à plusieurs reprises ces dernières semaines. C’est le scénario qu’on devra imposer, les faire douter, leur faire perdre les pédales. Ce sera très compliqué, il nous faudra de la précision technique et de l’impact physique.

Pouvez-vous développer votre stratégie…
Nous n’allons rien changer à notre tactique. On s’appuie habituellement sur des sorties de balles plutôt courtes. On maintiendra nos circuits habituels en les adaptant à une équipe de haut niveau, pour ne pas être mis sous pression dans notre camp. Gérard Baticle est venu observer notre dernier match, donc ils tenteront certainement de nous embêter sur certains points. On va peut-être avoir deux occasions dans le match, un coup franc et une situation de contre-attaque. Il faudra se montrer efficace, comme ont pu le faire Quevilly ou Carquefou. Un exploit, cela ne se joue à rien, à quelques gestes bien réussis.

Avez-vous pris en considération le milieu en losange instauré par Rémi Garde depuis deux mois ?
Justement, on l’a utilisé il y a 4 ans. On connaît les avantages dans le jeu comme les inconvénients dans le replacement. Nos adversaires nous attaquaient de manière bien précise. On a constaté cette même problématique en analysant une équipe de Ligue 1, ce qui nous a rassurés. Il y aura des joueurs de ballon, mais il ne faudra pas trop les respecter et imposer un duel d’homme. Ce sera dans ce domaine, celui du physique, qu’il faudra insister. Si on s’attache à jouer au ballon dans leur camp, on ira vers de grosses désillusions.

Yoann Gourcuff, plus à l’aise ces derniers temps en tant que numéro 10, sera-t-il plus particulièrement à surveiller ?
On a un fonctionnement de zone et on ne le modifiera pas. Une individuelle déséquilibrerait davantage notre bloc que cela gênerait le joueur. Ce sera un travail d’ensemble sur les milieux de terrain adverses.

Allez-vous travailler les tirs au but ?
Oui, vendredi soir, à l’issue du dernier entraînement. Je connais les tireurs potentiels. D’ailleurs, notre gardien est très efficace dans cet exercice. Cette saison, il a arrêté deux pénaltys lors de deux matches différents !

Quel serait le scénario rêvé ?
Je rêve d’avoir des joueurs naturels, libérés et lucides dans le jeu. Un but à la 89e minute serait parfait. Si on peut les écraser 1-0 !

« Que des purs joueurs amateurs« 

Malheureusement, l’écrin du MMArena ne ressemblera pas à un traquenard pour les Lyonnais…
Effectivement, non. En même temps, à La Suze-sur-Sarthe, nous avons un terrain de bonne qualité. On aurait préféré y jouer, avec nos repères, mais ce n’était pas possible avec la capacité de 2 500 places. Au MMArena, ce sera une découverte totale durant le match, même si nous avons programmé deux entraînements.

Votre staff semble important. De quelle manière est structurée votre club et notamment l’équipe première ?
J’ai donc deux adjoints en DH et on travaille beaucoup avec les responsables des deux équipes réserves. Jean-Michel Godart vient d’arriver en tant qu’entraîneur des gardiens, il était surnommé le « Schtroumpf » lors de l’épopée de Laval en Coupe d’Europe (Coupe de l’UEFA 1983-1984, avec une qualification contre le Dynamo Kiev d’Oleg Blokhine, ndlr). Je suis présent depuis onze ans au club, nous étions seulement deux entraîneurs à l’époque, et la structure technique s’est étoffée progressivement. Même en DH, je suis persuadé que l’on doit fonctionner avec des critères professionnels, qui nécessitent ainsi de l’organisation et des moyens humains. On essaie justement de construire par rapport aux moyens humains et notamment aux jeunes. Nos joueurs de 88 et 89 avaient été très bons en jeunes et ont ensuite fait monter le club en CFA 2. Depuis, on travaille beaucoup sur nos équipes de jeunes afin de les placer en championnat régional.

Certains de vos joueurs ont-ils connu le circuit professionnel ?
Aucun ! Nous n’avons que des purs joueurs amateurs. Ils ont tous un travail, mais se prennent au jeu en s’entraînant trois fois par semaine. La saison passée, ils ont été ravis de s’entraîner quatre fois par semaine en CFA 2. J’ai quatre joueurs autour de la trentaine, les autres ont 23 ans maximum. Il y a de la qualité, ils peuvent peut-être se distinguer dimanche.

Quels sont les joueurs à suivre ?
Mes joueurs cadres sont Aurélien Chedor le capitaine, Nicolas Pichot le buteur, Daniel Tony un joueur offensif important et Gérald Pradal notre récupérateur.

Comment peut-on qualifier ce match pour vos joueurs, une rencontre de Ligue des champions, voire de Coupe du monde ?
C’est effectivement le match de leur vie, ou l’un des matchs de leur carrière pour les plus jeunes. Les trentenaires ne connaîtront pas un tel évènement une seconde fois. Ce sera inoubliable.

 

Interview réalisée par Jean-Sébastien Grond sur Football.fr

Publié le 

Interview du coach de la Suze FC Eric Chambron